Etude des Coléoptères saproxyliques et Carabidés de la réserve des Grangettes

Yannick Chittaro1 & Andreas Sanchez

Résumé


Nous avons inventorié plus de 260 espèces de Coléoptères dans les forêts des Grangettes (VD) en 2016
et 2017. Parmi celles-ci, neuf sont particulièrement remarquables de par leur rareté et leurs exigences
écologiques élevées. Elles sont principalement liées aux peuplements de vieux peupliers où elles trouvent des
volumes de bois mort suffisamment importants et des micro-habitats rares (champignons lignicoles, cavités). Les
vieux arbres (chênes, peupliers, saules, aulnes, bouleaux) ensoleillés situés en lisière ou isolés dans des clairières
sont quant à eux importants pour le maintien des espèces héliophiles.

 

Introduction

 

Au cours des étés 2013 et 2014, un inventaire des Rhopalocères, des Orthoptères et des Odonates a été réalisé dans la réserve naturelle des Grangettes (Gattolliat et al. 2015). Ces groupes bioindicateurs ont permis de fournir des informations précieuses sur l’état de conservation des milieux ouverts et aquatiques du site (prairies, marais, plans d’eau,…).


L’intérêt faunistique de la forêt, qui représente pourtant le milieu dominant des Grangettes, n’avait par contre été que peu abordé, les groupes faunistiques retenus s’y prêtant peu. Afin de préciser l’intérêt conservatoire des milieux forestiers de la réserve, des recherches de Coléoptères saproxyliques ont donc été menées en 2016 et 2017. Une synthèse nationale récente (Sanchez et al. 2016) indique qu’il en existe plus d’un millier d’espèces en Suisse,
appartenant à 41 familles différentes. Ces Coléoptères saproxyliques dépendent obligatoirement, au cours d’une partie de leur cycle de vie au moins, de bois mort ou dépérissant, de champignons lignicoles ou de la présence d’autres organismes saproxyliques (Speight 1989). C’est généralement au stade larvaire, souvent long de plusieurs années, que ces Coléoptères sont liés au bois, les adultes ne se nourrissant souvent que de pollen ou de nectar. Les Coléoptères saproxyliques sont connus pour être de bons bioindicateurs et sont de plus en plus fréquemment utilisés pour évaluer la valeur biologique des forêts. Si certaines espèces ont une répartition large à l’échelle nationale et sont liées à des (micro-) structures forestières ou à des ressources abondantes, d’autres au contraire sont très localisées et dépendent de (micro-) structures particulières et rares: de gros volumes de bois mort au sol ou sur pied, des cavités à terreau de vieux arbres, des organismes saproxyliques rares (champignons lignicoles, autres insectes) ou des stades particuliers de dégradation du bois. Ces espèces présentant des exigences écologiques élevées ont été désignées par le terme «emblématiques » en Suisse (Sanchez et al. 2016). La présence de telles espèces atteste de l’intérêt élevé des massifs forestiers les abritant.


Même s’ils ne dépendent pas du bois mort pour leur développement, de nombreux Coléoptères Carabidés vivent aussi en forêt. Prédateurs de mollusques et de vers-de-terre, ils ne se rencontrent pour la plupart que dans des milieux présentant une hygrométrie élevée, à l’instar des forêts alluviales. Certaines de ces espèces étant fortement menacées en Suisse (Luka et al. 2009), ce groupe indicateur a également fait l’objet de recherches ciblées dans les forêts des Grangettes.


Les résultats obtenus fournissent un état des lieux actuel de la faune des Coléoptères forestiers présents dans le site. Ils pourront servir de base de comparaison pour de futures études et permettront de documenter l’évolution de la faune des milieux boisés de la réserve des Grangettes. Des mesures de gestion générales favorables aux espèces les plus rares sont proposées.