Le lac et les rives

Rive du Gros Brasset, coeur de la réserve. Des zones exceptionnelles

Les rives de n’importe quel plan d’eau, si elles ne sont pas trop abruptes, sont colonisées par des «ceintures végétales d’atterrissement» s’ordonnant toujours de la même façon. Entre cinq mètres de profondeur environ et deux mètres croissent des herbiers de plantes aquatiques, toujours immergées, dont seules les fleurs émergent, les potamots par exemple. Dès deux mètres apparaissent les plantes à feuilles flottantes (nénuphars, en particulier). Puis vient la roselière lacustre dans le domaine du lac et la roselière exondée, qui fait la transition entre l’eau et la terre. A la suite de ces roselières, sur des sols en partie émergés, se développent les prairies à grands carex – les magnocariçaies – puis, lorsque l’émersion est plus constante, les prairies à petits carex, ou parvocariçaies, et la forêt humide. La végétation du littoral de la basse plaine du Rhône s’organise selon ce schéma, même s’il est parfois difficile à repérer.

 

Fuligules morillons au vol.Le lac

Du point de vue biologique, le lac cache son véritable aspect et ses ressources : il est plus riche que ne le laisse supposer un regard superficiel. La rive est frangée d’un haut fond, la beine, qui s’étend jusqu’au mont descendant vers les profondeurs. L’eau, toujours en mouvement, ne permet pas à la plupart des plantes aquatiques de se fixer. Aussi, la végétation appauvrie ne s’y compose-t-elle que de quelques potamots communs. C’est plutôt le domaine des poissons (la brème, la carpe, le brochet), des écrevisses et des mollusques. Ceux-ci constituent la nourriture de base d’une partie importante des canards hivernants. Anodontes et moules zébrées font en effet les délices des eiders à duvet, des garrots à œil d’or et des nombreux fuligules morillons et milouins. Ces migrateurs quitteront la région entre mars et avril pour rejoindre leurs quartiers de nidifications à des milliers de kilomètres – jusqu’en Sibérie pour certains – et reviendront en automne. Chaque hiver des ornithologues bénévoles recensent plus de 5’000 oiseaux d’eau (25 à 30 espèces, sans compter les mouettes rieuses) entre le Rhône et l’Eau-Froide. Ces effectifs font du littoral des Grangettes l’un des plus importants lieux d’hivernage du Léman. Les bancs de sable et les vasières exondés lors des basses eaux printanières offrent repos et nourriture à de nombreux limicoles en migration.

En plein hiver, il est possible de voir des troupes de plus de 6000 canards.Mais le lac, c’est aussi les digues de protection des rives, accueillant hérons cendrés, goélands, harles bièvres, dont quelques couples nichent aux Grangettes, et cormorans. Ceux-ci, avec plus de 1000 individus recensés chaque hiver, forment la plus importante colonie de Suisse. La couleuvre à collier ou la vipérine y paressent parfois au soleil, tout en guettant les petits poissons, qui sont aussi la cible des élégantes sternes pierregarin. Celles-ci se reproduisent à nouveau dans la région, sur les radeaux fabriqués à leur intention.

Hutte du castor derrière nénuphares jaunes du Vieux Rhône.Au crépuscule ou dans la nuit, un clapotis signale le passage discret du castor, qui s’est installé à l’embouchure du Rhône depuis quelques années : il est à la recherche de nourriture ou d’un nouveau site à coloniser, quête difficile dans une région où les rives adaptées à ses besoins sont rares. Ce grand rongeur creuse en effet son terrier dans des berges naturelles abruptes, protégées par une végétation fournie dont il tire sa nourriture.