Les prairies à grand carex

Les touradons formés par des grandes laîches caractéristiques des marais situés en arrière de la roselière lacustre.Dès qu’on s’éloigne un peu de la rive lacustre, la magnocariçaie fait son apparition. Cette formation dominée par les grands carex ou laîches est souvent encore riche en roseaux, si bien qu’on peut la confondre à distance avec la roselière.
Elle se développe sur des terrains détrempés, inondés pendant plusieurs mois. Au gré des substrats et du régime hydrique, on peut en distinguer plusieurs types, dominés chacun par une espèce différente.

 

Le grand nègre des bois est un des papillons peu fréquent.Lorsque le niveau fluctue peu, souvent en bordure de forêt, c’est la laîche aiguë, parfois la laîche des rives qui s’installent. Plus rare et localisée, la laîche à épis velus est confinée dans la partie centrale du marais, où le sol est très maigre et même acide.

 

 

 



La grande ciguë, une vénéneuse typique des prairies à grandes laîches.Une plus grande amplitude des niveaux d’eau favorise les espèces à touradons*, comme la laîche élevée sur substrat eutrophe ou la laîche à épis rapprochés sur terrain maigre. Ces touradons, qui peuvent atteindre 90 cm de hauteur, résultent de la croissance des plantes sur la matière organique piégée dans le chevelu des racines au cours des décennies précédentes. Chaque touffe se retrouve ainsi juchée sur une petite colonne, dont la hauteur finale correspond au niveau des hautes eaux.
Bien qu’il soit assez pauvre en espèces, ce milieu n’est pas sans intérêt. On y trouve plusieurs végétaux rares tels que la ciguë des marais ou l’utriculaire intermédiaire. Tout aussi rare est la marouette ponctuée, une poule d’eau naine, qui fait escale dans les prairies à grands carex lors de sa migration de printemps pour chasser entre les touradons. A cette période, la magnocariçaie offre de vastes étendues inondées où viennent aussi faire bombance les espèces amphibies, comme la grenouille de Lessona et la rainette verte.

Plus tard dans l’année, le bruant des roseaux y construit son nid au sol, en limite de la zone inondée, le plus près possible des roseaux qui forment l’essentiel de son alimentation. Les canards, comme le colvert, le fuligule morillon et la nette rousse, préfèrent quant à eux nicher sur des touradons cernés d’eau et difficiles d’accès pour le renard. Lorsque les poussins seront éclos, l’élément liquide leur offrira en outre une voie directe au lac.

 

Les prairies à petits carex

Forte densité de linaigrette dans la prairie à petit carexLes parvocariçaies se constituent sur des sols inondés quelques semaines seulement par an. Ce sont les prairies les plus riches du point de vue floristique. Dans la basse plaine du Rhône, la variété des substrats est en partie responsable de cette richesse. La laîche de Davall et le choin noirâtre sont caractéristiques des sols calcaires, plus ou moins riches en éléments nutritifs. Ils sont remplacés sur sol acide et pauvre par la laîche noire, le choin ferrugineux et la rhynchospore blanche. Lorsque la couche supérieure du sol est très organique, la molinie* s’installe et domine les autres espèces.


L'orchis oechroleucaLes parvocariçaies sont le refuge de nombreuses espèces rares, menacées au niveau national : la gentiane pneumonanthe, le glaïeul des marais et la gesse des marais. De nombreuses orchidées y prospèrent également, comme le liparis de Loisel, en voie d’extinction en Europe, l’orchis tacheté, l’orchis incarnat, celui de Traunsteiner ou encore l’épipactis des marais. Cette dernière espèce, aux magnifiques fleurs claires, est encore abondante par endroits.

 

 

 

 



Epeire fasciée dans sa toile.Ces prairies, dominées par les laîches et les graminées, ne sont guère favorables aux papillons. Quelques espèces toutefois se sont spécialisées et leurs chenilles se nourrissent de graminées. La plus visible, en juillet-août, est la chenille du grand nègre des bois, qui se nourrit de tiges de molinie. On y rencontre plusieurs sauterelles et criquets très rares, comme le criquet ensanglanté, qu’on ne retrouve que dans quelques marais d’altitude. Mais ces prairies sont surtout le terrain de chasse favori des araignées. Les superbes et inoffensives épeires arriment leurs toiles aériennes aux roseaux clairsemés. La plus connue, l’épeire fasciée, dont le corps est strié de jaune et de noir, tisse ses toiles près du sol. Elle y capture criquets et libellules.

La gentiane pneumonanthe fleurit à la fin d'août.Les années humides, les rainettes vertes et les grenouilles de Lessona, qui se reproduisent en général dans les mares et les prairies à grands carex, se répandent dans tout le marais pour y pondre. Si l’eau se maintient plusieurs semaines, une multitude de jeunes batraciens quittera l’élément liquide et s’égaillera dans toutes les directions. Dans ce milieu, on ne rencontre que quelques oiseaux. Durant l’été, le plus caractéristique est la locustelle tachetée. C’est une petite fauvette brune, au chant grésillant d’insecte, dont quelques couples seulement se reproduisent dans les prairies humides du Gros-Brasset.

 



La gesse des marais , une espèce rare et menacée.A la migration, quelques bécassines des marais s’y arrêtent régulièrement. Elles recherchent les places labourées par les sangliers pour se nourrir de vers de terre. Chez les rapaces, le busard des roseaux y fait aussi escale, alors que le busard Saint-Martin hiverne régulièrement dans ce secteur.
La parvocariçaie, une des prairies les moins humides de la série d’atterrissement, est menacée d’embroussaillement. Celui-ci, favorisé par l’abandon de la fauche traditionnelle du flat*, a fortement réduit leur surface. Depuis la forêt jouxtant les parcelles, la bourdaine et le saule cendré, deux colonisateurs très efficaces, les envahissent. Ils modifient le milieu de trois façons : en faisant disparaître par leur ombre les espèces typiques des marais, strictement héliophiles*, en transformant l’humus du sol par l’accumulation de leurs feuilles en automne et, finalement, en recouvrant totalement la prairie.