Les prairies-tampons et les cultures

Prairie tampon de la Praille en bordure du marais du Gros BrassetParmi les nombreux animaux qui trouvent leur habitat de prédilection dans les cultures et les prairies, certains passent la majeure partie de leur existence sous terre. La taupe et le campagnol terrestre, par exemple, creusent leurs galeries partout où le sol le permet. Ces deux espèces forment des taupinières semblables, mais la première consomme essentiellement des vers de terre, alors que la seconde se nourrit de racines, de tiges et de feuilles qu’elle prélève à partir de son terrier ou à proximité immédiate de ses ouvertures.

De nombreux vertébrés visitent les prairies pour s’y nourrir. Par exemple, lorsque le temps est humide, les grenouilles vertes fraîchement métamorphosées quittent les plans d’eau et trouvent ici un terrain de chasse providentiel. Opportuniste, le héron cendré peut y rester longtemps immobile pour guetter ses proies. Quant au chevreuil et au lièvre, c’est généralement au crépuscule ou durant la nuit qu’ils s’aventurent sur ces terrains découverts. Le lièvre voit ses effectifs diminuer presque partout. Dans la basse plaine du Rhône, il est encore présent dans les zones où les haies et les petits massifs forestiers alternent avec des prairies et des cultures maraîchères.

La pie-grièche écorcheur apprécie sur son poste de guet. Les prairies-tampons nouvellement installées et exploitées de façon extensive verront peut-être le retour d’oiseaux nicheurs disparus comme le tarier des prés. Ce passereau nichant au sol ne pouvait plus se reproduire à cause d’une fauche trop précoce qui a aussi fait disparaître le râle des genêts. Pour celui-ci, bénéficiant aujourd’hui d’un programme de réhabilitation au niveau mondial, les Grangettes constituaient le dernier site de reproduction de plaine en Suisse. C’était en 1957 ! Ces changements d’exploitation pourraient aussi favoriser le retour de la caille... Par ailleurs, la plantation récente de quelques haies, à la Praille par exemple, a été favorable à la pie-grièche écorcheur dont on compte maintenant plusieurs couples.

Les cultures sont évidemment des milieux moins riches en espèces que les prairies, puisqu’on y favorise une seule plante. Mais les visiteurs y sont parfois nombreux... et pas toujours bienvenus ! Les corneilles et les pigeons ramiers profitent par exemple d’un accès aisé au sol. Quant au sanglier, les dégâts qu’il occasionne aux cultures de maïs sont bien connus. Ses intrusions commencent déjà à l’époque des semis et se prolongent durant l’été.

La chasse est ouverte dès début novembre pour limiter la population de sangliers, attirés par les champs de maïs.Si tout oiseau nicheur a disparu des cultures intensives, celles-ci présentent néanmoins un certain intérêt comme zone de nourrissage durant l’hiver ou la migration. Il n’est pas rare de voir d’importants vols de pinsons du nord et de pipits spioncelles s’y ravitailler. Lors d’hivers rigoureux, il est également possible (mais c’est rare) de voir des oies nordiques venir manger des restes de maraîchage.